Pour les mois de novembre et de décembre, ce fascicule rassemble quelques cantiques sur les fins dernières et pour le temps de l’Avent. Beaucoup de ces cantiques ne sont pas connus, malgré des mélodies populaires ou anciennes. Quelques-uns méritent tout de même une présentation. Pour Aloÿs Kunc, auteur du célèbre « Pitié, mon Dieu », dont l’air est réutilisé pour le cantique « Pensez-y bien », nous renvoyons à l’introduction du fascicule 2.

Les mélodies populaires

Parmi les sources de cantiques sacrés, on retrouve de nombreuses mélodies populaires bretonnes. Le célèbre cantique du paradis en est un exemple. Les motifs sont très simples (sur trois notes, mais pas martelées), le rythme en fait une sorte de berceuse (du repos éternel). On notera le mode de la (ou mode de ré), c’est-à-dire que le sol n’est pas dièze, ce qui enlève l’effet de sensible, comme dans beaucoup d’airs populaires (cf. la vidéo sur le sensible et la sensible).

L’abbé Joseph Besnier, directeur de la maîtrise de la cathédrale de Nantes et auteurs des célèbres recueils de cantiques et de motets, retrouve les mélodies populaires ou tâche de s’approcher de l’esprit populaire en recomposant certaines mélodies. Nos fascicules font une large part à son œuvre que nous tâchons modestement de reprendre. On admirera la simplicité du cantique « Nous passons comme une ombre. » Le cantique « Nous n’avons à faire », que l’on trouvera au 1er fascicule, est légèrement plus difficile, surtout dans les sauts de quarte (sol-do) qui ne nous sont plus très naturels aujourd’hui.

Il convient de rappeler ce que nous disions au 1er fascicule : l’air du cantique « Chrétien, travaille à ton salut » le rend impropre à l’usage pendant la messe, il doit être réservé aux processions et pèlerinages.

Les Noëls anciens

Avec le temps de l’Avent, nous touchons quelques Noëls anciens : « Venez, divin Messie », ou « ô Dieu de clémence ». Le fascicule de Noëls sera l’occasion de développer ce volet. On peut déjà dire que l’esprit populaire est très marqué dans ces Noëls : une mélodie simple et entraînante, sans être rengaine, ni musique légère.

Les cantiques baroques du XVIIe et du XVIIIe

Nous voyons apparaître ici un cantique de Saboly, « Versez du ciel. » Il faut y remarquer l’alternance du fa dièze et du fa bécarre qui témoigne de l’époque où la musique oscillait encore entre tonalité et modalité. Il s’agit de l’air du Noël « A la Venue de Noël », que les organistes ont ensuite varié à l’infini. C’est donc un air bien connu.

Une deuxième pièce date de l’époque baroque (au sens large) : « Au fond des brûlants abîmes », complainte des âmes du purgatoire de Dauvergne (1713-1797) qui nous disposera pendant ce mois de novembre à prier pour ces âmes souffrantes qui ne peuvent rien pour elles-mêmes. Le compositeur est violoniste et directeur de la Musique royale et de l’Opéra. D’origine modeste, il brilla à Paris comme successeur de Rameau et Mondonville. Il écrit plus d’œuvres pour la scène que pour la messe, mais la complainte dont nous parlons n’a pas l’ampleur de ces musiques de scène.

L’esprit grégorien chez dom Deprez

Dom Deprez, décédé en 1928, était moine de Maredsous où il fut longtemps l’organiste. Il composa de nombreux cantiques populaires publiés aux éditions de la Schola Cantorum (5 séries). Il cherchait l’union entre les pièces d’orgue et la liturgie du jour.

En 1913, il donne ce mot sur la composition des cantiques : « Écrire des mélodies assez religieuses pour toucher les âmes, assez chantantes pour plaire à la foule, assez délicates pour ne pas déplaire aux “artistes” ».

Nous présentons ici « Dieu très bon, Dieu Sauveur », qui veut, par son rythme assez libre et ses intervalles, se rapprocher du chant grégorien, de manière à être une paraphrase de l’hymne des vêpres de l’Avent. Les cadences sont assez variées, elles doivent être bien posées à chaque virgule, même si le rythme indiqué est une simple croche, en prenant un temps pour respirer avant de repartir sur ce flot assez continu de croches, pourtant bien rythmé comme une hymne grégorienne. Seul le passage de fin du couplet (« vous venez, ô Jésus … ») tient plutôt de l’esprit tonal. De ce fait, il faudra veiller à ne pas le faire éclater, afin qu’il ne casse pas l’état d’esprit donné par le reste du cantique.

 

Par l’abbé Louis-Marie Gélineau, prêtre de la FSSPX