Par cet article, nous voudrions exposer les points principaux du dernier document législatif sur la Musique Sacrée avant la Révolution Conciliaire. L’Instruction sur la Musique Sacrée et la Sainte Liturgie émane de la Sacrée Congrégation des Rites en septembre 1958. Elle reprend et synthétise les directives données dans les derniers documents législatifs du Saint Siège sur le sujet : le Motu Proprio Tra le sollecitudini de saint Pie X, la Constitution Apostolique Divini cultus de Pie XI et l’encyclique Musicæ sacræ disciplina de Pie XII. Nous omettrons ce qui ne concerne pas la musique.

Le § 12 fait une distinction absolue entre les “actions liturgiques” réglementées par cette législation et les “pieux exercices” pour lesquels une liberté plus grande est laissée. Ceci signifie qu’on ne peut considérer qu’une partie de la messe, par exemple, échappe aux règles de la liturgie (la distribution de la communion, pendant laquelle on ne pourrait chanter un cantique non autorisé ou non conforme). Toutefois le “pieux exercice” peut suivre ou précéder, comme une procession à la Sainte Vierge après la messe, au cours de laquelle le choix des cantiques sera plus libre.

Ce long article présente les documents pontificaux sur la musique sacrée. Ils sont largement cités et les citations sont en gras pour leur donner le poids nécessaire. Nous remercions les pères capucins pour ce travail de qualité.

 

Jésus-Christ ayant confié le culte divin à son Église, c’est à elle qu’il appartient dès lors de régir tout ce qui le compose. C’est pourquoi, devant définir la musique liturgique, nous nous référerons au magistère des souverains Pontifes. La fin, la nature, le répertoire, et l’artiste sacré, telles seront les articulations de notre étude.

Le changement radical opéré dans le rite de la messe en 1969 n’a pu qu’influencer tous les aspects de la liturgie, y compris la musique sacrée qui y tient une place primordiale.

Les principes de ce changement sont posés dans la constitution Sacrosanctum Concilium du 4 décembre 1963 qui contient un chapitre sur la musique sacrée. Les conséquences sont venues avec les réformes successives amenant au N.O.M. en 1969 : langue vernaculaire, abandon du chant grégorien, réduction de la fonction du prêtre en ce domaine, inculturation …

De grands musiciens, tel Duruflé s'attristent de la « décadence vertigineuse de notre musique sacrée. Un tel désastre est sans précédent dans l’histoire de l’Eglise. Les historiens qui demain nous jugeront le feront avec une sévérité légitime. » (La Croix, 13 décembre 1967)

Afin de mieux mettre en lumière le changement intervenu, nous mettrons en parallèle les directives des papes précédents et la constitution conciliaire. Le point de départ sera le « Code juridique de la musique sacrée » : le Motu Proprio Tra le Sollecitudini du pape saint Pie X, donné au tout début de son pontificat le 22 novembre 1903. Nous compléterons avec certains ajustements plus récents, en particulier l’encyclique Musicæ Sacræ Disciplina du pape Pie XII, donnée le 25 décembre 1955. Ces principes seront appliqués à des exemples connus.