Faut-il accompagner le chant grégorien ? Voilà une question qu’on peut légitimement se poser ? En effet n’est ce pas dénaturer le chant grégorien que lui ajouter cet élément anachronique : l’orgue est apparu après la composition du répertoire, et même plus, la notion de tempérament égal est bien postérieure. Pourtant force est de constater qu’en pratique, il est souvent utopique de vouloir se passer d’accompagnement : pour la foule notamment.

Le chant grégorien n’a pas été écrit dans le but d’être accompagné. En effet cette notion de primauté de l’harmonie est apparue peu à peu, elle a notamment été exposée par Rameau dans son ouvrage Génération harmonique (1737), et cette notion de Basse fondamentale a influencé la musique classique. En conséquence, il ne peut y avoir d’accompagnement qui colle parfaitement, qui tombe juste avec la mélodie.

Il s’en suit que l’accompagnement doit être réduit au strict nécessaire, ainsi que le disait saint Pie X : Comme le chant doit toujours primer, l’orgue et les instruments doivent simplement le soutenir, et ne le dominer jamais.1.

En pratique, il faut être le plus fidèle possible à la mélodie d’où la nécessité d’étudier la modalité, c'est-à-dire le système avec lequel ont été pensées les mélodies.

Le présent cours s’attache à l’étude des grandes lignes de cet art d’accompagner le chant grégorien autour de deux grands thèmes : l’écriture musicale et la modalité.

 

 

Extrait de l'Introduction du Cours d'accompagnement du Centre Grégorien

1 Motu Proprio St Pie X §16

Un jour que l’on demandait à saint Pie X ce qu’il était bon de chanter à la messe, le saint pape répondit tout de suite : « On ne chante pas à la messe, on chante la messe. » Sans hésiter, les auteurs de la méthode d’orgue bien connue, N. Pierront et J. Bonfils, l’appliquent aux organistes : « On ne joue pas à la messe, mais on joue la messe. »

L’accompagnement du chant grégorien et l’improvisation qui le continue permettent sans difficulté d’être à l’unisson avec les sentiments de la liturgie. Mais, comment jouer la messe si nous exécutons un Magnificat de Titelouze, un Choral de Bach ou une Toccata de Gigout ? Peut-être trouverons-nous chez les marchands de partitions quelques recueils intitulés “Messes pour orgue”, mais est-ce à cela que l’on doit réduire le répertoire de l’organiste liturgique ? Non. D’ailleurs la réponse n’est pas du côté du répertoire.

Il y a en effet quelque chose de beaucoup plus fondamental que le choix du répertoire : nous voulons parler de l’interprétation. Le Motu Proprio de saint Pie X le signale très bien dans ces mots : « Elle doit être sainte […] non seulement en elle-même, mais encore dans la façon dont les exécutants la présentent. » Nous concentrerons donc notre propos sur l’interprétation du répertoire dans la liturgie.