Depuis la Révolution liturgique des années 1960, nous défendons la messe en latin. Bien sûr, il s’agit avant tout de défendre le missel promulgué par saint Pie V, mais la langue liturgique n’est pas hors de notre combat. Défendre la messe en latin, cela suppose d’aimer le latin et de le défendre, non seulement pour les parties obligées de la liturgie, mais également pour les motets et autres chants ajoutés. Voyons donc quels sont les arguments en faveur du latin dans la liturgie.

Cette prière, dite de saint Ignace, est très répandue dans la chrétienté. C’est pourquoi les compositeurs n’ont pas manqué pour lui donner une musique : Jean-Baptiste Lully, Auguste Chérion, Joseph Gélineau, Marco Frisina et Bernard Gélineau. Peut-on dire que toutes ces compositions soient également propres à la liturgie ? Nous répondrons selon les critères de la musique sacrée définis par le pape saint Pie-X : sainteté, excellence des formes et universalité1.

Après avoir défini la musique liturgique, appliquons à un manuel de chant de référence, celui du chanoine Besnier, les règles de l'article "Définition de la musique liturgique d'après le magistère". Nous remercions encore les Capucins pour la mise à disposition de ce travail.

Motets au Saint-Sacrement

Adoro te devote (hymne) p. 270

Alleluia, Caro mea p. 270 *

Anima Christi p. 266

Ave verum p. 264

Ecce panis (séquence) p. 265

Gustate (antienne et doxologie) p. 266

Homo quidam (répons) p. 274

In deserto (séquence) p. 268

Jesu dulcis memoria (hymne) (1) p. 271

Jesu dulcis memoria (hymne) (2) (édition vaticane) p.272

O panis dulcissime (séquence) p. 267

O quam suavis (Antienne) p. 269

O sacrum convivium (Antienne) p. 269

O salutaris (tous sauf le n° 2) p. 261, 262, 263 pour les différents temps de l’année liturgique

Panem cæli (antienne et doxologie) p. 274

Panis angelicus (hymne) (2) p. 264 (pas le n° 1)

Pie Pellicane (in Adoro te) p. 271

Ubi caritas (antienne et versets) p. 275

Unus panis (répons) p. 268

Pange lingua (hymne) p. 392

Sacris solemnis (hymne) p. 393

Verbum superbum (hymne) p. 394

*Les chants signalés en gras offrent une plus grande perfection liturgique grâce à leur composition plus traditionnelle. Peut-être qu’il s’en trouve d’autres dans la présente liste. (à rechercher)

Motets au Sacré-Cœur

Cor dulce, Cor amabile (cantique) p. 279

Jesu, paterni pectoris (hymne) p. 276

O Cor, amoris victima (hymne) p. 278

Salve, latus Salvatoris (hymne) p. 276

Motets à la Sainte Vierge

Ab hac familia (cantique) p. 303

Ad te confugimus (prose) p. 301

Alma Redemptoris Mater (antienne au ton simple) p. 299

Ave Maria (ton simple) p. 301

Ave Maria (Ed. vaticane) p. 301

Ave Maria (séquence) p. 310

Ave Regina cælorum (ton simple) p. 299

Ave Virgo speciei (hymne) p. 315

Concordi laetitia (hymne) p.302

Gloriosæ Matris Dei (séquence) p.309

Inviolata p. 305

Maria mater gratiæ (hymne) p. 304

Omnis expertem (hymne) p. 307

O quam glorifica (hymne) p. 307

O Maria, gratia plena (cantique) p. 306

Quam pulchre graditur (hymne) p. 319

Regina cæli (ton simple) p. 300

Salve Mater (cantique) p. 313

Salve Regina (ton simple) p. 300

Salve Virgo singularis I p. 305

Salve Virginale (répons) p. 314

Sub tuum I p. 302

Tota pulchra es (cantique) p. 312

Virgo Dei genitrix (hymne) p. 304

Virgo parens (répons) p. 311

Divers temps et fêtes

Avent

Rorate cæli desuper (cantique) p. 340

Noël

Ecce nomen Domini p. 342

Puer natus (cantique) p. 311

Carême

Attende Domine (cantique) p. 345

Media vita (répons) p. 347

Miserere (Ps.50) p.347

Parce Domine p. 349

Passion

Stabat Mater p. 349

Pâques

Isti sunt agni novelli (cantique) p. 352

Saint Joseph

Ecce fidelis (antienne) p. 357

O felicem virum p. 356

Te Joseph (hymne) p. 357

Défunts

O salutaris hostia sacra (hymne) p. 358

Languentibus (hymne) p. 359

De profundis ascendentem p. 359

Saluts du Saint-Sacrement

Tu es Petrus p. 366

Oremus I- II- IV p. 367

Tantum 1, 2, 4, 5, 6, 7 p. 368 à 370

Post benedictionem

In manus tua (répons brefs) p. 386

Laudemus Dominum p. 387

Maneant in vobis p. 387

Divers

Veni, Creator Spiritus (hymne) p. 361

Te Deum (ton simple) p. 361

Chant de l’Angelus p. 364

Cor Jesu 1, 2, 3, 4 et 6 p. 365

Litanies du Sacré-Cœur de Jésus p. 400

Sub tuum (antienne, verset du Ps. 120 et doxologie) p. 402

Litanies de Lorette I - II – III p. 402 à 406

Procession des Rogations (antienne Exsurge Domine, litanies des saints et Ps. 69) p. 406

O Crux ave (2 strophes) p. 411

Crucem tuam (antienne et verset du Ps. 66)

Sacerdos et Pontifex (antienne) p. 413

Confirma hoc Deus (antienne et doxologie) p. 414

Chemin de la Croix (O Crux ave ; Sancta Mater istud agas ; Parce Domine ; Pie Jesu domine) p. 415

Voici un cantique proposé par la Communauté de l’Emmanuel qui se répand comme une traînée de poudre à la fois dans les églises conciliaires et malheureusement chez nous aussi.

Voici une interprétation de référence par « Chorale Music et Mission » :

https://www.youtube.com/watch?v=UiipjJ3PiYI

Un texte peu catéchétique

Quant à son texte, ce chant commente la vision du chapitre 12 de l’Apocalypse et divers titres donnés à Marie. La trame de fond est le thème de la nouvelle Ève mais les allusions à ses privilèges ne sont pas toujours très explicites. Derrière un style poétique peut se cacher un refus d’exprimer le catéchisme, alors que c’est l’objet principal des cantiques en langue vernaculaire selon les directives pontificales.

Quelques titres donnés dans les litanies sont présents : Étoile du matin, Reine des cieux, Vierge immaculée, Vierge sainte. On regrette de n’y voir figurer ni la maternité divine, ni la virginité perpétuelle.

Le premier couplet parle de la mère du Sauveur sans aller plus loin. Le deuxième couplet montre la participation de Marie à l’œuvre rédemptrice seulement dans le fait d’avoir « puisé du côté de son Fils, l’eau et le sang qui sauvent du péché ». On regrette encore ici que les mots “rachat” ou “rédemption” soient refusés. Elle nous « ouvre les portes du jardin », ce qui entretient le parallèle de la nouvelle Ève mais en refusant le mot “Ciel” ou “Paradis”.

Ces omissions sont trop nombreuses pour ne pas refléter une théologie volontairement lacunaire. Tout le catéchisme ne se trouve pas dans chaque chant, mais il convient d’expliciter quelques éléments auxquels on fait allusion.

Une chanson pseudo-modale

Le refrain est en mode de ré, comme beaucoup de cantiques anciens, comme les pièces du premier mode grégorien (introït Gaudeamus, Kyrie de la messe IX et de la messe XI). Pour se placer dans cette modalité, la mélodie évite la sensible, elle fait entendre le ré en dessous du mi final et non le ré dièze qui serait attendu. Toutefois l’harmonisation vient restituer cette sensible par endroit, harmonisation du compositeur lui-même, qui ne trahit donc pas sa pensée. La mélodie, au moins quant au refrain, ne semble pas poser problème.

Mais si l’on regarde un peu plus loin, en faisant le parallèle avec Michel Fugain et sa chanson Une belle histoire1, la similitude est frappante, justement sur cette introduction du refrain. Une citation aussi longue ne peut pas être purement fortuite, il faut tout au moins l’éviter quand on s’en rend compte. Malheureusement il semble que la communauté de l’Emmanuel ait trouvé une bonne occasion d’attirer les jeunes à la rencontre providentielle de la Sainte Vierge en faisant allusion à la rencontre providentielle de la romance de Michel Fugain. Le problème est que cette musique est porteuse d’un état d’esprit qui n’est pas chrétien. Les jeunes vont donc rester dans l’esprit romance en chantant le cantique.

Retour du rock par le rythme !

Comme dans beaucoup de chansons de rock un peu évolué, le couplet, ou du moins la suite entreprend une accélération du rythme ou du moins une complexification. Après un refrain plutôt calme, les doubles croches et les rythmes syncopés font leur apparition sur « Marie, Ève nouvelle », se maintiennent pendant tout le couplet, avant une conclusion bien martelée et ralentie, pour faire revenir le refrain.

L’intérêt de ce rythme est de favoriser la danse et une danse plutôt déhanchée, débraillée. Il n’est pas nécessaire de citer les mises en garde de saint Pie X pour comprendre qu’une telle musique ne peut être employée, ni dans le cadre liturgique ni pour aider la prière.

La grille harmonique de variété.

Les ralentissements du rythme à certains moments du refrain laissent voir le vocabulaire harmonique de cette musique. Contrairement aux musiques grégoriennes ou au folklore ancien, l’harmonie n’est pas un accompagnement de la mélodie, elle est la trame de fond sur laquelle le chanteur pourrait presque improviser. D’ailleurs les variantes entre Fugain et l’Emmanuel montrent qu’il y a une certaine marge de manœuvre en restant dans la “grille”.

Précisément sur le “veur” de “Sauveur”, il s’agit d’une septième de dominante qui va nous mettre en tension maximale vers la reprise de la phrase. Normalement un accord de tension est l’avant-dernier dans une phrase qui se terminera par un certain repos, même si celui-ci n’exclut pas une certaine suspension (la demi-cadence est la virgule de la grammaire musicale). Ici la virgule est placée entre la tension et la détente en accentuant au maximum cette tension par le retard de la sensible. Pour montrer que ce fa dièze doit monter au sol et tirer le plus possible vers le début de la nouvelle phrase, on retarde son arrivée en attaquant d’abord un sol. Ce procédé, appelé appogiature, est très puissant pour augmenter la tension. Mozart l’utilise constamment dans ses mélodies pour conclure ses phrases en retardant la note finale. Ici toute la différence est qu’il met la note de tension là où il devrait y avoir repos. Ceci n’est pas anodin, ce passage de “Sauveur” et d’autres qui lui ressemblent (la fin de toutes les mesures du couplet) lancent le chant. C’est l’harmonie aussi qui fait danser.

Le reste du schéma harmonique, particulièrement dans le couplet est d’une pauvreté caractéristique des musiques dites de “variété” qui sont assez répétitives.

En conclusion, il est inutile de redire que ce cantique ne possède ni le caractère sacré exigé par saint Pie X en premier lieu, ni la qualité musicale qui peuvent en faire une musique digne de la liturgie et même de la prière. Ne nous laissons pas gagner par le libéralisme et soyons ennemis des corruptions de l’art sacré afin de défendre la vraie liturgie.

Par l’abbé Louis-Marie Gélineau, prêtre de la FSSPX